En France, 2,3% de la population serait atteinte d’Insuffisance Cardiaque et jusqu’à 10% chez les personnes âgées de 70 ans ou plus. Cette pathologie était associée à plus de 70 000 décès et 160 000 hospitalisations en 2017.Près d’un tiers des patients hospitalisés une première fois pour IC subissent une ré-hospitalisation, celle-ci survenant une fois sur deux au premier trimestre. En terme économique, la prise en charge de l’IC représente près de 2,8 milliards d’euros en 2017, pour moitié pour les épisodes aigus. Plus de 80% des hospitalisations sont considérées comme potentiellement évitables (Chiffres extraits de la revue CARDIO H n°54 de mai 2021).

⚖️ La loi de financement de la sécurité sociale pour 2014, dans son article 36, a instauré le principe des expérimentations de télémédecine avec son programme ETAPES pour permettre de développer les activités de télémédecine, de définir un cadre juridique dans lesquelles elles peuvent évoluer et de fixer une tarification préfiguratrice des actes permettant aux professionnels de santé de développer des projets cohérents et pertinents, en réponse aux besoins de santé et à l’offre de soins régionale.

S’inscrivant dans cette expérimentation, un programme de télésurveillance cardiaque a vu le jour début mai au CHICAS au sein de l’unité de cardiologie « Mon Cœur A la Maison ». ❤️🏠

Ce dispositif de Télésurveillance est capable de transmettre aux professionnels de santé de l’Unité (Médecins et IDE spécifiquement dédiés), via un réseau sécurisé, des données cliniques recueillies sur les personnes suivies. Ce recueil de ces données cliniques permet un suivi à domicile plus étroit et continu de ces patients porteurs d’une pathologie susceptible de s’aggraver subitement.

Sont éligibles à un projet de télésurveillance de l’insuffisance cardiaque, les patients actuellement en classe NYHA 2 ou plus avec un taux de peptides natriurétiques élevé (BNP > 100 pg/ml ou NT pro BNP > 1000 pg/ml) ». Il comprend la mise en place d’un système agréé par la DGOS comportant à minima un pèse personne connecté et un algorithme capable de générer des alertes en cas de décompensation cardiaque débutante. En cas de prise de poids rapide, une alerte est envoyée permettant la mise en place de mesures correctives de manière précoce, soit par téléphone, soit par le biais d’une programmation d’une consultation avec le cardiologue traitant, le médecin généraliste ou un cardiologue de l’Unité de Télésurveillance.

💹 Les informations transmises quotidiennement sont disponibles sous forme de courbes de tendances et peuvent être transmises aux médecins référents du patient. Le but de cette prise-en-charge rapide est d’éviter une nouvelle hospitalisation liée à une nouvelle décompensation cardiaque. En plus de ce suivi, trois séances semestrielles d’accompagnement thérapeutique par téléphone seront réalisées par les infirmières de l’Unité, ceci afin de donner au patient les informations nécessaires pour comprendre sa pathologie, le traitement et le suivi.En améliorant sa compréhension, le patient se sent plus impliqué dans sa propre prise-en-charge ce qui induit une meilleure adhésion au plan de soin proposé et ainsi une amélioration de sa qualité de vie.

Ce dispositif peut s’appuyer sur tous les acteurs qui gravitent autour du patient à domicile : médecin traitant, cardiologues libéraux, proches, IDEL, SSIAD, HAD, UMSP… afin d’englober le plus de patients possibles, même les moins autonomes.

Depuis son ouverture en Mai, l’Unité a proposé ce suivi à 76 patients. 45 sont à l’heure actuelle inclus dans le programme, 3 ont vu leur surveillance se terminer (2 pour aggravation de leur état, 1 qui a souhaité mettre fin à la surveillance) avec un objectif de 70 patients fin 2021. Les personnes non incluses dans la surveillance ne l’ont pas été soit du fait d’un refus par le patient ou sa famille ou parce qu’ils n’ont pas donné suite, soit parce qu’elles n’étaient pas éligibles. Il existe effectivement quelques critères de non inclusion, notamment les patients dialysés chroniques, les insuffisants hépatiques sévères, toute pathologie induisant une espérance de vie < 12 mois, une éventuelle impossibilité physique ou psychique, personnes dont la compliance et l’adhésion thérapeutique est habituellement faible et les personnes qui n’ont pas de lieu de séjour fixe.

Une moyenne de 4 à 5 alertes par jour est à traiter, le plus souvent pour des prises de poids, soit parfois l’inverse, ce qui implique d’appeler malgré tout le patient afin de s’assurer de son état de santé. Des alertes portant sur d’autres données cliniques (par exemple, tension prise par le patient et renseignée dans le questionnaire en ligne accessible à la personne suivie) apparaissent aussi de manière plus ponctuelle, ainsi que des alertes s’associant à des problèmes de pesée (absence de pesées, poids incohérent…).

Sur ces 45 patients suivis actuellement :

– 2 d’entre eux ont dû être ré-hospitalisés par le biais de la télésurveillance pour décompensation cardiaque car la prise en charge à domicile était arrivée à ses limites.

– 1 l’a été dans le cadre d’une prise en charge palliative (ponction d’ascite) en lien avec l’UMSP.

– 7 patients ont dû être contactés pour prise de poids inquiétante (parfois à plusieurs reprises) 4 d’entre eux (soit 8% des patients suivis) ont été dirigés vers leur médecin traitant qui a pu corriger le traitement et apporter une réponse rapide.

Depuis les débuts de ce programme, le service constate un réel bénéfice sur la prise en charge de l’Insuffisance Cardiaque avec une réduction du nombre d’hospitalisations et une meilleure coordination entre les soignants.Plus de renseignements service de cardiologie : 04 92 40 79 54